Tribune d’Éricka Bareigts sur la biodiversité : « Il n’est pas trop tard »

Les Outre-mer abritent une part prépondérante, environ 80%, de la biodiversité française. Cette exceptionnelle biodiversité végétale et animale est source d’attractivité, avec les risques que peut comporter leur surexploitation. Le rattrapage économique et social des Outre-mer, associée à l’augmentation démographique, a également produit des dégradations de notre environnement : plus d’énergie consommée et d’émissions de gaz à effet de serre, plus de déchets produits. L’INSEE a d’ailleurs souligné qu’un quart des espèces indigènes présentes à La Réunion était menacéde disparition.

Or, nous devons veiller à une utilisation durable, sobre et responsable de nos ressources car nos territoires sont aussi les régions françaises les plus exposées aux risques et dérèglements climatiques, avec un impact sur nos faune et flore. D’ailleurs, les dernières
données du GIEC, Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat, sont particulièrement inquiétantes pour l’avenir de notre territoire.

En effet, l’influence des activités humaines sur le changement climatique est, grâce aux réseaux de surveillance répartis sur l’ensemble de la planète, un fait établi scientifiquement. Si nous notons déjà une hausse des vagues de chaleur, le rétrécissement de la banquise arctique, l’acidification des océans qui met en péril nos coraux, les perspectives annoncées sont alarmistes. Le pire est sans doute à venir.

Au niveau local, selon les données de Météo France, la température a augmenté de +1°C en moyenne en 50 ans à La Réunion. L’océan Indien se réchauffe plus vite que les autres océans. En conséquence, la hausse du niveau de la mer est plus rapide qu’ailleurs : elle est
de 5 mm par an depuis 30 ans. Les changements climatiques impactent les conditions écologiques nécessaires à la pousse des végétaux : les espèces invasives risquent de profiter de conditions plus favorables.

Pourtant, depuis la COP 21 et l’accord de Paris de 2015, une étape historique dans la reconnaissance internationale de la notion de changement climatique, les initiatives concrètes n’ont pour l’instant pas été suffisantes. La loi Climat et Résilience du 22 août
2021 n’a pas pris suffisamment en compte les travaux réalisés dans le cadre de la Convention Citoyenne sur le Climat et n’a pas permis d’insuffler une nouvelle trajectoire tant en Outre-mer qu’au niveau national. Or, l’heure presse si nous souhaitons redonner
confiance à notre population et la préparer.

Je crois pour ma part que nous pouvons tendre vers une consommation plus frugale afin de diminuer notre impact sur notre planète.

Notre mode de vie perturbe notre environnement. Un Français émet chaque année, en moyenne, 9,8 tonnes de CO₂ par an. Malgré notre isolement géographique, les Réunionnais font preuve de plus de sobriété que les Français de l’Hexagone. La production directe de CO₂ par Réunionnais n’est “que” de 5,06 tonnes par an. Notre île se différencie également de par ses nombreux micro-climats répartis sur seulement 2512 km2, du lagon au Piton des Neiges qui culmine à 3070 mètres. Ce terreau diversifié est sans doute à l’origine de notre exceptionnelle biodiversité sur un territoire insulaire fortement contraint.

Nous devons prendre en compte cette réalité dans la conduite des politiques publiques.

Je plaide pour que La Réunion devienne le moteur de la transition écologique au niveau de l’océan Indien, qu’elle assure un rôle majeur de la coopération régionale pour accompagner les pays voisins et co-construise avec eux une stratégie pour partager cette
ambition commune.

Malgré certaines difficultés que nous ne pouvons nier, les questions de biodiversité sont appropriées par une large partie de notre population. Nous savons pouvoir compter sur notre jeunesse pour participer à une politique écologique ambitieuse. Cela se traduit par
une mobilisation citoyenne, associative dynamique sur toute l’île. Par ailleurs, cela nécessite de renforcer les filières de formation au service de notre environnement naturel, de sa protection et de sa valorisation.

Nous pouvons heureusement compter sur des perspectives encourageantes avec une prise de conscience croissante des enjeux majeurs. L’engagement des acteurs locaux pour la restauration des plages réunionnaises, pour le retour de la ponte des tortues marines,
est aujourd’hui approprié par une large partie des Réunionnais. La journée mondiale des forêts coïncide quant à elle avec le beau projet de réintroduction de la perruche des Mascareignes qui serait un signal fort de résilience écologique.

C’est dans cette volonté de protéger notre territoire que nous travaillons actuellement à la Région Réunion, en lien avec l’Office Français de la Biodiversité (OFB), les services de l’État, le Comité Eau et Biodiversité, les intercommunalités et les associations au
lancement de la future Agence Régionale de la Biodiversité (ARB). En tant qu’élue déléguée à la biodiversité, en tant que mère de famille et citoyenne, je porte une attention particulière à ce sujet.

Les prochaines semaines marqueront une nouvelle étape dans la naissance de cette ARB qui se veut à l’écoute des citoyens. Nous serons ensemble amenés à élaborer notre nouvelle Stratégie Régionale de la Biodiversité qui sera le corollaire de notre île à la stratégie nationale. Nous avons déjà pu obtenir la reconnaissance de la place majeure des Outre-mer dans la biodiversité française. Cela inclut plusieurs mesures spécifiques prévoyant, nous l’espérons, un rééquilibrage des moyens en fonction de la richesse de la biodiversité de chaque territoire. Cette stratégie devrait bien entendu s’organiser autour d’une gouvernance apaisée, collective et volontariste afin de faire des Outre-mer les licornes françaises de la biodiversité.

Les grands axes de cette stratégie réunionnaise restent à définir mais ils pourraient s’articuler autour de la lutte contre les espèces exotiques envahissantes, sujet majeur pour le Parc National de La Réunion. Un volet devrait également concerner la protection
des ressources écosystémiques à l’heure où la pression augmente dans un contexte de fragilisation de notre biotope terrestre et marin.

À l’heure où nous devons assurer notre sécurité alimentaire et énergétique, de nombreux défis nous attendent pour trouver cet équilibre entre exploitation et protection.

Protégeons notre biodiversité, elle saura nous le rendre en nous préservant des effets les plus extrêmes du changement climatique. La sauvegarde de nos barrières de corail nous protégera des effets de la houle. La protection de nos forêts et de nos sols permettra de
limiter l’érosion lors des fortes intempéries et de garantir une qualité d’eau nécessaire.

“La lutte pour sauver la planète, enrayer le changement climatique, garantir l’accès à l’eau (…), la lutte pour préserver notre faune et notre flore, pour préserver l’air, cette lutte constitue la base du combat pour la justice sociale”. Tâchons de faire cette devise d’Angela Davis la nôtre pour mener notre île vers un avenir plus humain et plus vert.

 

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