« Se sortir les doigts de l’arrière-train »

Je vous ai annoncé la semaine dernière l’arrêt du « Ti Kozman » non pas définitivement mais en vous expliquant qu’il ne paraîtra plus spécialement le vendredi. Il se trouve que l’actu est assez foisonnante et que ce vendredi 14 avril (Jour de l’An tamoul, j’en profite pour souhaiter un Pouttandou Vajtoukkal à toute la communauté) est particulièrement un jour important et pour le gouvernement d’Elisabeth Borne, et pour Richard Nirlo, maire de Sainte-Marie.

Je m’explique très rapidement : c’est en effet aujourd’hui, vendredi 14 avril, que le Conseil Constitutionnel devra rendre sa décision concernant la réforme des retraites imposée via le 49-3 par le gouvernement d’Elisabeth Borne en février dernier. Le Conseil Constitutionnel devra statuer en disant si cette réforme est constitutionnelle ou pas. Si l’article 47-1 auquel a eu recours le gouvernement avait ou non sa place dans le cadre de l’examen de ce projet de loi ou si le gouvernement n’aurait abusé de son pouvoir pour empêcher toute expression démocratique en interdisant la parole aux députés de l’opposition, notamment ceux de la Nupes.

Si la réforme est déclarée constitutionnelle, le gouvernement aura gagné et, même si l’intersyndicale menace de poursuivre (tant bien que mal) la mobilisation (qui a de plus en plus tendance à s’essouffler localement), une page sera tournée. En revanche, si le Conseil Constitutionnel déclare cette réforme des retraites « inconstitutionnelle », ce sera une véritable claque politique pour Emmanuel Macron et Elisabeth Borne.

Il faudra tout recommencer, à commencer par changer de tête au gouvernement voire même à le remanier presque totalement pour donner un nouvel électrochoc. Tout est encore possible. Le verdict est attendu dans la journée. A la Réunion, l’intersyndicale a prévu de manifester devant la préfecture, à Saint-Denis, aux alentours de 18 heures. A suivre !

Ce vendredi 14 avril sera également à marquer d’une pierre blanche ou noire (on ne connaît pas encore la couleur) pour Richard Nirlo, maire de Sainte-Marie le « Zélinski » réunionnais (c’est lui même qui s’était qualifié ainsi dans un journal local), en référence au président ukrainien, pour expliquer qu’il était un résistant. Résistant d’abord à ses propres élus de la majorité municipale que certains ont qualifié (et qualifient toujours) d’élus « frondeurs » et « alimentaires ».

Comme je vous l’ai expliqué dans le « Ti Kozman » de la semaine dernière, ce vendredi 14 avril est un jour important pour Richard Nirlo dans le sens où il va présider cet après-midi, à partir de 17h30, un conseil municipal pas comme les autres puisqu’il sera question du budget de la commune. Sans compter que ce conseil a été stratégiquement fixé à la veille de la date limite autorisée par la loi pour le vote du budget.

Autrement dit, si Richard Nirlo ne parvient pas à faire voter son budget ce soir (si le quorum n’est pas atteint, si les élus « frondeurs » et « alimentaires » le boycottent comme ça a déjà été le cas parce que ça leur arrive aussi d’être parfois « boudeurs »), le maire risque de ne plus avoir la main sur les affaires municipales, et c’est le préfet qui prendrait les commandes pour fixer les dépenses obligatoires.

Suite au « Ti Kozman » de la semaine dernière montrant tout l’enjeu politique de cette séance du conseil municipal pas comme les autres, le maire de Sainte-Marie s’est fendu d’un long communiqué de presse dans lequel il écrivait : « récemment, nous avons observé une série de tentatives de déstabilisation, tant dans les médias que sur le terrain, orchestrées par des personnes malintentionnées. Ces individus propagent des fausses nouvelles et cherchent à nuire à la démocratie locale ».

Il ajoutait : « en tant que maire, je reste serein et confiant face à ces attaques. Mon équipe et moi-même sommes pleinement engagés à agir en toute responsabilité, dans l’intérêt de notre commune et de ses habitants. Nous ne laisserons pas ces manœuvres déloyales perturber notre travail et notre détermination à construire un avenir meilleur pour Sainte-Marie… Le conseil municipal du 14 avril se tiendra comme prévu, et nous serons ravis de vous présenter les projets et les décisions qui contribueront à l’amélioration de notre commune. Dans un climat apaisé, nous continuons d’agir en concertation avec les différents acteurs de notre territoire, en privilégiant la recherche de consensus et la collaboration.

Ensemble, nous surmonterons ces tentatives de déstabilisation et continuerons à travailler pour le bien-être et le développement de notre commune »

J’espère de tout cœur qu’il réussira car j’ai beaucoup d’empathie pour cet élu septuagénaire qui « résiste » (comme le chantait si bien France Gall). J’espère aussi que « les personnes malintentionnées » dont il parle finiront par rentrer (une fois de plus) dans les rangs . J’ai eu beau chercher, mais les seules « personnes malintentionnées » dans l’entourage de Richard Nirlo, selon moi, ne sont que ses propres élus un coup « frondeurs » et tout le temps « alimentaires » qui, une fois, lui demandent la tête de Gaëtan Adam, ancien vice-président du CCAS qui, selon eux « devient trop gênant » dans la perspective des municipales de 2026. Le maire accepte la démission d’Adam mais n’en fera pas tout un fromage, n’en rajoutera pas car Adam l’a beaucoup aidé lors des municipales de 2020.

Les élus « frondeurs » et « alimentaires » ne sont pas très contents ; Ils auraient voulu que Nirlo humilie Adam sur la place publique. Une autre fois, ces mêmes élus « frondeurs » et « alimentaires » demandent au maire la tête du DGS. Ils iront même jusqu’à signer une motion de défiance. C’était en février dernier, suite à un séminaire dans un restaurant de Saint-Benoit. Pour bien montrer leur détermination à vouloir la tête du DGS, ces mêmes élus « frondeurs » et « alimentaires » avaient boycotté un conseil municipal, celui consacré aux orientations budgétaires. Cette fois, le maire n’a pas cédé et a gardé son DGS, qui était aussi son directeur de campagne et homme de confiance lors des dernières municipales.

Le maire Richard Nirlo entouré de quelques uns de ses élus. (Crédit photo : YM)

Aux dernières nouvelles, il semblerait que les élus « boudeurs » ne seraient plus tout à fait « frondeurs » mais restent bien « alimentaires » car ils auraient accepté de venir faire le quorum au conseil de ce vendredi 14 avril. Si c’est le cas, on pourra dire que le DGS et le maire auront réussi leurs calculs et, surtout, qu’ils connaissent bien ces élus qui ne veulent pas se voir privés de leurs indemnités aussi bien en mairie qu’à la Cinor, pour certains d’entre eux. Des enfants gâtés, en quelque sorte !

Donc, avant d’aller investiguer pour aller chercher des « personnes malintentionnées » ailleurs, Richard Nirlo ferait mieux de regarder dans son propre entourage. J’espère pour lui qu’il réussira, comme il le dit, à « surmonter ces tentatives de déstabilisation » (qui viennent de l’intérieur) et qu’il « continuera à travailler pour le bien-être et le développement de la commune ». Je l’espère car à la réunion du conseil d’administration du CCAS (Centre communal d’action sociale), cette semaine, au sein duquel siègent un certain nombre d’élus « frondeurs » et « alimentaires », le quorum n’a pas été atteint. A part ça, à Sainte-Marie, plus précisément à la mairie, nombre de cadres sont en arrêt-maladie. Certains laissent entendre qu’ils vont demander au maire la protection juridictionnelle avant de m’attaquer en justice pour « diffamation ». J’attends !

« Venez prendre les Comoriens et emmenez-les chez vous en métropole ! »

C’est Estelle Youssouffa qui s’exprime ainsi ; C’est elle qui dit qu’il va falloir « se sortir les doigts de l’arrière train ». Estelle Youssouffa est la députée de Mayotte, inscrite au groupe LIOT (Libertés, indépendants, outre-mer et territoires), groupe dont fait partie la Réunionnaise Nathalie Bassire. On a beaucoup entendu parler d’elle, ces derniers temps, en raison de l’opération « Wuambushu » qu’envisage de mener à la fin de ce mois d’avril le gouvernement français suite à une décision prise par Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur et des Outre-mer. Je vous en avais déjà parlé au début de mars dernier. Une opération qui fait de plus en plus jaser aussi bien à Mayotte qu’en métropole en passant par l’archipel des Comores.

Deux camps commencent à s’affronter sérieusement, à savoir les « pro-Wuambushu et les anti-Wuambushu. « Wuambushu » comme « reprise en main » d’une situation quasi perdue, celle de l’immigration clandestine entre les Comores, pays étranger, et Mayotte, département français. Les Mahorais ne veulent plus des migrants Comoriens sur leur territoire. Ils estiment que ceux-ci sont en partie la cause de tout leur malheur sur l’île aux parfums.

Sensible aux appels de nombreux Mahorais, Darmanin a donc décidé d’enclencher l’opération « Wuambushu » qui va consister à « nettoyer » (karchériser comme dirait l’autre) les « zones de non-droit » où des bidonvilles ont poussé comme des champignons ; Des bidonvilles qui abritent les migrants comoriens. Des centaines de gendarmes et de policiers sont actuellement en cours de déplacement vers Mayotte. Mais depuis quelques semaines, des voix s’élèvent pour dénoncer « la déportation des Comoriens » ; Des manifestations sont en préparation un peu partout, y compris à la Réunion.

Face à cette mobilisation progressive des anti-Wuambushu, la députée Estelle Youssouffa (photo ci-dessus prise sur sa page Facebook) a décidé, elle aussi, de se faire entendre. La dame n’a pas sa langue dans sa poche. Elle soutient évidemment, pour ne pas dire encourage, cette opération programmée par le ministère de l’Intérieur. Raison pour laquelle, elle se dresse contre les anti-Wuambushu, notamment les associations de métropole et les médias « gaucho-bobo » (c’est son expression) qui souhaitent empêcher le déroulement de cette opération gouvernementale.

Quand je vous dis qu’elle ne mâche pas ses mots, elle ne les mâche pas vraiment. Dernières sorties en date, sur notre antenne radio, pas plus tard que ce jeudi matin, 13 avril : « certains feraient mieux de se sortir les doigts de l’arrière-train… ». Elle voulait dire : feraient mieux de se bouger le popotin en prenant connaissance de ce qui se passe réellement à Mayotte au lieu de raconter n’importe quoi « en rédigeant des communiqués depuis le fin fond de leur canapé depuis l’hexagone, en méconnaissant totalement les réalités auxquelles sont confrontés quotidiennement les Mahoraises et les Mahorais depuis des années».

Je ne vais pas vous faire un cours d’expressions françaises, mais « se sortir les doigts du c… » (Mme Estelle Youssouffa reste polie en disant arrière-train) veut dire « arrêter de ne rien faire, se bouger, se prendre en charge, se motiver, agir… ». En fait, le message de la députée Youssouffa est on ne pleut plus clair. Elle s’adresse à celles et ceux qui n’habitent pas Mayotte, en leur disant en substances : c’est bien beau de s’ériger en grands diseurs et d’agir en petits faiseurs. Estelle Youssouffa leur a même conseillé : « si vous ne voulez pas de Wuambushu, OK, venez prendre les Comoriens de Mayotte et emmenez-les chez vous, en métropole ! ».

En clair, au lieu de causer et de donner de grandes leçons, agissez. Ou bien encore : occupez-vous de vos affaires et laissez-nous régler les nôtres ! On ne peut pas faire plus franc et plus direct ! Estelle Youssouffa dit tout haut ce que certains pensent tout bas, quitte à bousculer les codes du politiquement correct et à secouer le cocotier qui plus est sur un dossier aussi crucial que la lutte contre l’immigration clandestine à Mayotte.

Cette situation me fait penser à une déclaration du Général Charles de Gaulle qui est plus que jamais d’actualité. Le Général disait : « si une communauté n’est pas acceptée, c’est qu’elle ne donne pas de bons produits, sinon elle est admise sans problème. Si elle se plaint de racisme à son égard, c’est parce qu’elle est porteuse de désordre. Quand elle ne fournit que du bien, tout le monde lui ouvre les bras ». Et comme on dit au cinéma (et à ma façon), toute ressemblance avec des personnes (communautés) existantes ou ayant existé (dans des pays ou département français) est purement fortuite et involontaire…

« Se sortir les doigts de l’arrière train » : voilà un bon conseil que pourrait donner Richard Nirlo à toutes ces « personnes malintentionnées » qui gravitent autour de lui !

Y.M.

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