« Les législatives, c’est pour élire le futur Premier ministre… »

La dernière trouvaille à la mode depuis la fin du second tour de la présidentielle, dimanche dernier. On ne voterait plus pour élire des députés, mais pour élire le futur Premier ministre. Autrement dit, Emmanuel Macron, bien qu’élu à la tête de la France le 24 avril face à Marine Le Pen, n’aurait pas encore toutes les cartes en main pour… gouverner le pays. Et c’est reparti pour un « troisième tour » de la présidentielle !

Jean-Claude Fruteau a été maire de Saint-Benoit durant 28 ans. (Crédit Photo : mairie de Saint-Benoit)

Mais je ne pourrais pas commencer ce « Ti Kozman » d’aujourd’hui sans m’arrêter un instant sur la riche et intense carrière de celui qui fut un grand homme politique de la Réunion. Je veux parler, le cœur gros, de cet élu que j’appréciais beaucoup et que je n’oublierai jamais; Je veux parler de Jean-Claude Fruteau, l’ancien maire de Saint-Benoit, qui était resté près de 30 ans aux commandes de cette commune de l’Est. Jean-Claude Fruteau, un vrai zarboutan de notre pays la Réunion de par les combats qu’il a pu mener durant quasiment 40 ans de vie politique tant à l’Assemblée nationale qu’au Parlement européen en passant par la Région, le Département et la mairie. Un socialiste de la première heure, fidèle militant, grand admirateur de Camus, de Jaurès, défenseur de la politique sociale de Mitterrand (Président) et de Jospin (Premier ministre).

Jean-Claude Fruteau aura marqué l’histoire de Saint-Benoit, sa ville natale, qu’il a transformée en capitale de l’Est, ainsi que celle de la Réunion en s’engageant en faveur des dossiers tels que l’agriculture et, plus particulièrement, la filière canne. Mais au-delà de l’homme politique, nombreux sont, comme moi, les « anciens » jeunes de la région Est qui garderont de lui le souvenir du bon professeur de Français et de Latin, à la fois cool dans ses relations avec les autres et rigoureux dans le suivi scolaire au lycée Amiral Bouvet de Saint-Benoit car l’instruction, l’école de la République lui tenaient à cœur.

Jean-Claude Fruteau fait partie des touts premiers professeurs agrégés de Lettres à la Réunion. Un homme non seulement instruit mais intelligent. Il y a une différence entre l’instruction et l’intelligence. Je connais et j’en ai croisé de nombreux politiques instruits voire même très instruits mais qui sont intelligents comme un balai. Jean-Claude Fruteau aimait sa ville, il aimait son île. Il aurait même, dit-on, refusé un poste de ministre pour rester auprès de sa population. Et même s’il a consacré une grande partie de son existence à ses administrés, à sa population, il chérissait bien évidemment par dessus tout sa famille, son épouse, ses enfants (ses deux filles) et ses quatre petits enfants.

Saint-Benoit et La Réunion perdent un grand homme, un vrai bâtisseur. Un élu de grande qualité. Un homme au bon cœur, simple, qui ne se prenait pas pour un « gros zozo » mais qui, pour autant, ne se laissait pas marcher sur les pieds. Un homme de conviction qui défendait ses idées avec force. Un élu direct et franc qui n’aimait pas l’hypocrisie et la sournoiserie. Il disait ce qu’il pensait quel que soit son interlocuteur, fusse-t-il représentant de l’Etat, car il n’avait pas sa langue dans sa poche. Au-delà de l’homme politique, je perds aussi un bon camarade, quelqu’un pour qui j’avais un profond respect, que j’appréciais beaucoup et avec qui, j’échangeais sur pleins d’autres sujets. Il aimait plaisanter ; On riait de tout, parfois même de la politique ou, plus exactement, de certains politiciens en herbe… Sincères condoléances à son épouse Marinette, à ses filles et à ses petits-enfants. Paix à son âme. Au revoir Jean-Claude !

Plus de 5 millions de voix supplémentaires pour Marine Le Pen entre les deux tours de la présidentielle

A vrai dire, le « 3ème tour » avait déjà débuté bien avant le second tour de la présidentielle. Mais avant d’en venir aux législatives, finissons-en avec la présidentielle. Le Conseil Constitutionnel présidé par le socialiste Laurent Fabius a proclamé en début de semaine l’élection d’Emmanuel Macron à la tête du pays.

48 752 339 d’électeurs étaient inscrits pour ce second tour du scrutin. 35 096 478 ont voté. L’abstention a atteint 28,01% (le plus important taux sous la Ve République). 2 333 904 bulletins blancs ont été enregistrés. Nombre de suffrages exprimés : 32 057 325. Les Sages du Conseil Constitutionnel ont annulé 20 594 suffrages suite aux irrégularités constatées dans 48 bureaux de vote. Emmanuel Macron a totalisé 58,55% des suffrages contre 41,5% pour Marine Le Pen, laquelle a obtenu plus de 5 millions de voix supplémentaires entre le 1et et le second tour de cette présidentielle 2022. Je ne vais pas revenir sur la percée du RN et le rejet de Macron. Car aussi paradoxal que cela puisse paraître, en dépit de sa victoire qu’il doit avant tout au « front républicain » qui a encore fonctionné (peut-être pour la dernière fois ?), les électeurs ont profité de cette élection, notamment dans les Outre-mers, pour dire leur ras-le-bol à la politique menée ces cinq dernières années par le Président en place. L’état de grâce, ce ne sera pas pour tout suite pour Macron, qui a essuyé, pas plus tard qu’avant-hier, mercredi, un jet de tomate cerise lors de sa première sortie post-présidentielle. Il faudra attendre le 19 juin pour voir s’achever la séquence présidentielle.

Je m’explique : la France a élu un homme qui incarne le pouvoir exécutif. Mais l’exécutif a besoin d’énergie législative pour fonctionner à plein régime. En clair, les 12 et 19 juin, les électrices et électeurs vont de nouveau être appelés aux urnes pour élire leurs députés. 577 au total dont 7 à la Réunion. Et en fonction de la majorité qui se dégagera, le Président sera contraint d’en tenir compte pour nommer le chef du gouvernement. Jusqu’ici, En Marche et MoDem pouvaient compter sur 346 députés, soit une large majorité. Qu’en sera-t-il à compter du 20 juin, au lendemain du second tour des législatives ? Si La France Insoumise arrive en tête, Macron nommera vraisemblablement un Premier ministre issu des rangs de l’Union Populaire. Jean-Luc Mélenchon ? Le leader a de La France Insoumise appelle, depuis le 24 avril dernier, les Français à l’élire Premier ministre.

Le Rassemblement National a lui aussi emboité le pas à Mélenchon en demandant aux 13 millions de Français qui ont fait confiance à Marine Le Pen d’envoyer le maximum de députés RN à l’Assemblée nationale afin de « faire barrage à la politique d’Emmanuel Macron ». A l’inverse, Emmanuel Macron demande aux Français de lui donner une large majorité en élisant des députés En Marche. Trois scénarii possibles pour l’après-législatives : une cohabitation en cas de victoire de LFI ou RN. Le second cas de figure étant moins probable étant donné que le Rassemblement National ressemble un peu à un Colosse aux pieds d’argile. Au-delà de la personnalité nationale de Marine Le Pen, le Parti bien que dédiabolisé  n’arrive pas à rassembler. Il n’a pas véritablement d’ancrage local. Sans trop se tromper, on peut dire que le Premier ministre ne sera pas RN. Quant à LFI, pas sûr que toute la gauche se réunisse sous cette étiquette. Déjà qu’elle n’en a pas été capable à la présidentielle, n’en parlons pas aux législatives.

La France Insoumise fait de la résistance face à PLR à La Réunion

 A la Réunion, je pourrais même dire que la gauche sera réunie comme les doigts de la main… d’un manchot. Si vous voyez ce que je veux dire. Au moment même où Salim Nana-Ibrahim (élu socialiste de la majorité saint-pauloise) appelait à la télé dimanche dernier à l’union des forces progressistes, il en profitait pour annoncer sa candidature aux législatives dans la 7ème circonscription alors que les partis de gauche ne s’étaient pas encore réunis. Juste à ses côtés, sur le même plateau de télé, celui de Réunion La 1ère, se tenait Perceval Gaillard, lui aussi élu de la majorité municipale saint-pauloise, qui sera candidat (avec ou sans investiture de LFI) aux législatives dans la même circonscription. Or, dans cette 7ème circonscription, Huguette Bello devrait donner son feu vert à Philippe Rangama (Le PEUP). Je vous le disais la semaine dernière, il y a un gros « bèsement » en ce moment entre La France Insoumise et PLR (Pour La Réunion) d’Huguette Bello, à qui Mélenchon a confié les clés pour l’attribution des investitures aux élections législatives.

Pour l’instant, La France Insoumise historique locale fait toujours de la résistance. Huguette Bello réfléchit. Comme aux régionales, Jean-Hugues Ratenon va sûrement jouer au médiateur. Il l’a fait en faveur de Mme Bello juste avant les élections régionales en essayant de convaincre le PCR, le PS, Banian… Alexis Chaussalet, jeune candidat soutenu par la présidente de « PLR » devait annoncer sa candidature dans la 3ème circonscription avant hier, mercredi. Mais il a dû décaler cette annonce. Idem pour d’autres candidats de LFI donc Frédéric Maillot, vice-président de Région, qui vise la députation dans la 6ème circonscription. Ils attendent tous un apaisement de la situation entre LFI historique et Huguette Bello avant d’officialiser les candidatures.

Johan Guillou contre Thierry Robert dans la 7ème circonscription

Nous sommes depuis longtemps déjà dans « le 3ème tour ». J’ai été le premier à vous annoncer la candidature de Laurent Virapoullé dans la 5ème circonscription, celle d’Alexis Chaussalet dans la 3ème, de Jérémy Bourgogne (LFI) toujours dans la 3ème, de Philippe Rangama dans la 7ème, celle aussi de Johan Guillou dans la 7ème. Sans oublier le retour de Thierry Robert dans cette même circonscription qui fut la sienne de 2012 à 2017 et de 2017 à 2018. Ce dernier annoncera officiellement sa candidature ce dimanche 1er mai dans la salle communale du « Blue Bayou » à l’Etang-Salé. Une salle louée par une tierce personne pour un grand pique-nique partage au cours duquel Thierry Robert annoncera son retour sur la scène politique.

Thierry Robert (au centre) avec, à sa gauche, Eric Ferrère, le maire des Avirons, l’ancien soutien de Didier Robert, ennemi public Numéro 1 de l’ancien député-maire de Saint-Leu.

Il aura le soutien d’Eric Ferrère, maire des Avirons, de Jean-Daniel Dennemont, adjoint au maire des Avirons, de Cyrille Hamilcaro, élu de l’opposition à Saint-Louis qui vient de se prendre, pas plus tard qu’hier, 5 années d’inéligibilité dans la tête. Face à lui, Thierry Robert va se retrouver face, entre autres, au jeune Johan Guillou, président de la Ligue de Basket de la Réunion, qui bénéficie du soutien de Mathieu Hoarau, nouveau maire de l’Etang-Salé, de Bruno Domen, maire de Saint-Leu et de Juliana M’Doihoma, maire de Saint-Louis dont une des adjointes devrait être la suppléante de Guillou. Le candidat Guillou annoncera sa candidature le 6 mai prochain depuis l’Etang-Salé. A noter qu’à Saint-Leu, une grande partie de La France Insoumise incarnée par Sandrine Lambert-Mareuil (le deuxième meilleur score de LFI aux dernières municipales à la Réunion après Ratenon à Bras-Panon) soutiendra le candidat Guillou, tandis que l’autre partie se rangera sans doute derrière Perceval Gaillard. Rangama devrait se contenter des miettes ou alors des militants de « PLR ».

Johan Guillou (à droite), 38 ans, ancien gendarme, actuel président de la Ligue de Basket de la Réunion. Ici aux côtés du nouveau maire de l’Etang-Salé, Mathieu Hoarau.

Dans les 7 circonscriptions de l’île, les candidats sont plus ou moins déjà connus : Philippe Naillet (PS), Giovanni Payet (SE), Yvette Duchemann, Jean-Jacques Morel, Murielle Sisteron (LR) dans la 1ère. Morel officiel sa candidature ce matin ; Karine Lebon (PLR), Audrey Fontaine (LR), Vincent Defaud (EELV) dans la 2ème ; Nathalie Bassire, Jérémy Bourgogne (LFI), Alexis Chaussalet (PLR) et vraisemblement Patrice Thien-Ah-Koon (Droite) et peut-être le camionneur Didier Hoarau dans la 3ème (Il a récemment posté un message sur son facebook) ; David Lorion (LR), Emeline K/Bidy (Gauche), Ruth Dijoux, Stéphane Albora dans la 4ème ; Jean-Hugues Ratenon (Rézistans), Ridwane Issa (Banian), Laurent Virapoullé (En Marche), Stéphane Fouassin, David Gauvin (PCR) et Léopoldine Settama dans la 5ème ; Nadia Ramassamy (LR), Monique Orphé (PS), Nadine Gironcel (PCR), Frédéric Maillot (PLR), Eric Leung (En Marche) dans la 6ème et Jean-Luc Poudroux, Thierry Robert, Johan Guillou, Isaline Tronc, Philippe Rangama, Perceval Gaillard dans la 7ème. Il serait question aussi dans cette circonscription de Gérard Indiana ou encore de Karim Juhoor. D’ici à la date limite de dépôt de candidatures, d’autres candidats se manifesteront dans les 7 circonscriptions de l’île.

Pour finir, quelques mots d’une autre élection. Celle ci se joue à la Chambre de commerce et d’industrie de la Réunion. Ce sera du 4 au 17 mai prochains. Les candidats ne se font pas de cadeaux entre eux. Il paraît que les colistiers de Pascal Plante (CPME/Medef) laissent entendre aux ressortissants que leur liste et celle menée par Pierrick Robert et soutenue par Ibrahim Patel, c’est du pareil au même, et qu’ils font toujours équipe ensemble. Ce qui est complètement faux. Patel et Robert sont bel et bien unis, mais surtout avec Plante.

Pour en avoir le cœur net, Pierrick Robert et les siens ne cessent de mettre en avant l’argumentation suivante histoire bien montrer leurs différences avec Pascal Plante, tête de la liste Medef/CPME. Selon eux, « le MEDEF ET la CPME étaient au pouvoir depuis plus de 50 ans à la CCIR, jusqu’en 2010. Le MEDEF s’est accaparé tous les terrains de la ZIC au Port, appartenant à la CCIR, avec une location de 19 centimes le m2. Nous avons constaté qu’un certain nombre de terrains ont été récupérés par les grosses sociétés de la Réunion, lesquelles ne payaient aucun centime à la CCIR. Plusieurs terrains ont été loués par de grosses sociétés qui n’ont jamais payé de loyer. Il y a des entreprises qui louent les terrains à 19 centimes, et procèdent à la  sous-location. Le Medef et la CPME se présentent aux élections dans le but d’acquérir les 20 hectares d’extension du grand Port Maritime, piloté par la Région Réunion ». Ça ne rigole pas à la CCIR aux élections. Pire qu’en politique !

Y.M.

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